En présentant un programme libre sans faute, Brian Joubert est devenu jeudi champion du monde à Tokyo. Après son titre de champion d'Europe obtenu le mois dernier, le patineur de Poitiers touche enfin à la consécration, après avoir connu de grosses déceptions dans le passé. Joubert rejoint ainsi dans l'histoire, Alain Giletti et Alain Calmat, les deux seuls champions du monde français jusqu'à aujourd'hui, sacrés il y a plus de 40 ans. Au classement, le Français a devancé le Japonais Takahashi et le Suisse Lambiel.
On dit que les champions se nourrissent des défaites pour mieux gagner. Alors Brian Joubert appartient à cette catégorie. Jeudi à Tokyo, le Poitevin a démontré que les cruels échecs du passé, que ce soient ceux subis aux Jeux Olympiques de Turin en février dernier ou lors des précédents championnats du monde, sont désormais loin derrière lui et ne l'ont pas empêché de monter au firmament. A 22 ans, le Français est devenu champion du monde, un peu moins de deux mois après avoir obtenu à Varsovie son deuxième titre européen.
Avec ce premier sacre mondial en poche, Brian Joubert met fin à plus de 40 ans d'attente. Depuis la médaille d'or décrochée par Alain Calmat en 1965, le patinage français attendait en effet presque désespéré de voir à nouveau un des siens briller de la sorte. Ils sont trois au total à avoir réussi cette rare performance, si l'on ajoute Alain Giletti. Joubert entretient d'ailleurs depuis quelques années une véritable complicité avec les deux Alain qui ne sont jamais très loin de lui lorsqu'il dispute une grande compétition. Après ce 22 mars 2007, ils n'ont jamais paru aussi proches.
Lambiel, retour d'Enfer
Avant de recevoir sa médaille, l'élève de Jean-Christophe Simon a adressé des remerciements particuliers à sa maman avant d'entonner la Marseillaise en donnant l'impression d'ailleurs qu'il retenait sa joie, comme encore sous le coup de la concentration. Brian Joubert a géré en tout cas comme un champion son avance après avoir réussi le programme court, établissant au passage son nouveau record de points (83,64). Il avait alors clairement annoncé à l'issue de sa prestation qu'il ne prendrait pas de risques inutiles. "Avec le nouveau système, il faut jouer stratégique. Ça avait payé aux championnats d'Europe", estime-il. Une théorie appliquée à la lettre jeudi sur la glace nippone: "J'ai changé mon quadruple triple en triple triple car je savais que ça suffirait pour emporter la décision".
A l'exception de cette parenthèse, Joubert a offert une partition sans fausse note avant le passage de ses deux plus dangereux concurrents qui ne connaîtront pas la même réussite. Le Japonais Daisuke Takahashi posa la main sur la glace à la réception de sa première boucle tandis que Jeffrey Buttle, deuxième après le court, vécut un véritable cauchemar en multipliant les gadins qui l'éjectèrent du podium. Ce qui profita alors au Suisse Stéphane Lambiel. Le désormais ex-tenant du titre monte ainsi sur la troisième marche signant un retour quasi impensable après sa 6e place dans le court. Et devant son public, le dauphin du Roi Joubert, Daisuke Takahashi, jubilait à son tour.