Malgré une blessure au pied droit contractée à l'entraînement mi-février, qui a légèrement altéré sa préparation, Brian Joubert avait marqué la compétition dès le programme court, éblouissant, en devançant le deuxième, le Canadien Jeffrey Buttle, de trois points, alors que ses autres adversaires les plus proches étaient relégués loin derrière.
La bagarre pour le podium a été palpitante, les classements du programme court chamboulé, notamment, par le formidable baroud d'honneur du Suisse Stéphane Lambiel. Sixième après un programme court raté, le double champion du monde en titre a réalisé un libre de toute beauté, et il est remonté à la troisième place. Le Japonais Daisuke Takahashi, troisième du programme court, a effectué une prestation audacieuse et émouvante, remportant le libre et décrochant l'argent devant son public. Le Canadien Jeffrey Buttle s'est effondré dans le libre, chutant trois fois, terminant sixième.
Brian Joubert achève une saison exceptionnelle. Il a gagné toutes les compétitions au sein desquelles il s'était aligné, notamment le Trophée Bompard, à Paris, en novembre 2006. Une semaine après, il avait remporté le Grand Prix de Moscou, devenant, dans sa victoire, le premier patineur européen à réussir trois quadruples sauts dans un programme libre.
Enfin, il avait fait belle impression lors de la finale du Grand Prix, à Saint-Pétersbourg, en décembre. En janvier, il avait reconquis le titre de champion d'Europe, à Varsovie, déjà obtenu en 2004.
Cette saison 2006-2007 aura constitué une revanche éclatante dans la carrière de Brian Joubert. Car l'exercice précédent avait été en demi-teinte : une médaille de bronze aux championnats d'Europe, mais surtout une décevante sixième place aux Jeux olympiques de Turin, en 2006.
Loin de se décourager, à la veille des championnats du monde 2007, le Poitevin avait décidé d'abandonner le libre au thème irlandais "Lord of The Dance" pour retrouver "Matrix", qui lui avait permis de briller, en 2004, quand il devint champion d'Europe, à Budapest, et vice-champion du monde à Dortmund.
A l'issue de cette drôle de saison, il a changé d'entraîneur et travaille désormais avec l'ancien patineur Jean-Christophe Simond. Cette saison, le Français qui poursuit dans son court, son aventure avec le thème "James Bond", a choisi, pour son libre, le rock du groupe Metallica, avec ses rythmes qui conviennent à son patinage, très athlétique, qu'il a su mâtiner de plus de légèreté, et à ses sauts, dont il est l'un des meilleurs réalisateurs du circuit.
"C'est la récompense de dix-huit ans de patinage, a-t-il déclaré. Il y a quatre ans, j'avais dit que je voulais être champion d'Europe et champion du monde. Je le suis. Je ne passe pas pour un rigolo. Sur le podium, j'ai pensé à tous les sacrifices consentis, à ma blessure qui m'a fait douter. Je ne pensais pas être prêt. Mais je ne voulais pas d'une autre médaille d'argent."
Présent à Tokyo, Alain Calmat n'a pas tari d'éloges sur le parcours de son jeune compatriote : "Je crois en lui depuis longtemps, c'est un patineur de très grande classe, il est exceptionnel dans ses sauts." "C'est son moment, son temps. Il est de loin le meilleur patineur actuel", ajoute l'ancien ministre de la jeunesse et des sports.
A 22 ans, Brian Joubert s'offre donc une consécration mondiale. Il devrait passer l'intersaison à imaginer un nouveau programme libre. Il pense déjà aux JO de Vancouver (Canada), qui se disputeront en 2010. Il aura alors 25 ans.
